Pourquoi l’Église béninoise s’oppose à des programmes scolaires sur la santé sexuelle et reproductive

157

Le père Théophile Akoha est prêtre du diocèse de Cotonou, spécialiste en éthique et philosophie politique et auteur de plusieurs ouvrages sur la famille, les jeunes et la sexualité.

 

Dans cet entretien à La Croix Africa, il explique la position des évêques béninois qui ont dénoncé, le 24 octobre, en marge de leur première session plénière ordinaire de l’année pastorale, l’introduction, dans le système éducatif, de programmes sur la santé sexuelle et reproductive.

 

La Croix Africa : Pourquoi l’Église catholique béninoise s’inquiète-t-elle de l’introduction progressive des droits sexuels et reproductifs dans le système éducatif ?

 

Père Théophile Akoha : Le paradigme éducatif relatif à ces droits pose problème. En 2010, certains dirigeants européens, avec l’appui de l’OMS, de l’UNESCO ont rédigé un manuel intitulé « Standards pour l’éducation sexuelle en Occident ». C’est ce standard qu’on a commencé à introduire en Afrique moyennant un soutien financier. Des manuels existent déjà dans plusieurs pays africains. Le Bénin en a aussi depuis 2016 rédigé avec l’appui financier du Royaume des Pays Bas. Pour les avoir feuilletés, je peux dire qu’à part les données sur l’anatomie, le développement corporel, les relations amicales, la lutte contre les diverses drogues et l’évitement des abus sexuels, il y a des options éthiques qui font réfléchir : la promotion du préservatif, de la contraception et de l’avortement comme moyen de lutte contre les grossesses non désirées, et cela dès le cours primaire. Devant ces propositions, on a le droit de s’inquiéter. Et l’Église catholique, préoccupée de l’humanisation intégrale des enfants et de la relève morale de nos peuples, a très justement raison de déplorer ces options.

 

Quels sont les points concrets qui inquiètent l’Église au Bénin ?

Père Théophile Akoha : Ce qui inquiète l’Église ici, c’est surtout l’idéologie que véhicule cette offre éducative : la permissivité sexuelle prétendument assurée par l’emploi de contraceptifs et de contragestifs. On oublie qu’en agissant ainsi, on est en train de détruire éthiquement l’enfant et de l’introduire dans des préoccupations qui ne sont pas de son âge. La contraception n’est pas une question d’enfant. Elle s’inscrit dans le cadre de la conjugalité et appartient à la vie des adultes. Au lieu de les propulser vers la permissivité sexuelle, ne gagnerait-on pas à concentrer leur attention sur des valeurs humaines et morales susceptibles de les construire affectivement et de les aider à préparer leur avenir ? C’est la question que l’Église catholique voudrait verser au débat.
Une autre question non moins importante est relative à l’intérêt que les lobbies de ces pratiques portent à l’expérience du plaisir dans le monde infantile. Si les enfants ont des pulsions liées à leur transformation biologique, n’ont-ils pas aussi un esprit à cultiver dans le bien et une personnalité à ennoblir ?
L’Église s’inquiète aussi parce que l’éducation sexuelle, telle qu’elle est envisagée par ces lobbies, promeut une anthropologie du vice à la place d’une anthropologie de vertu, une anthropologie d’émotion à la place d’une anthropologie de raison, et une anthropologie de plaisir à la place d’une anthropologie affranchie d’orientations désordonnées.

En fin de compte, le débat est anthropologique avant d’être moral et éthique. Quel genre d’hommes et de femmes voulons-nous former pour nos sociétés ?

 

Les défenseurs de ces cours sur les droits sexuels expliquent qu’ils relèvent de la responsabilité de l’école d’inculquer certains comportements aux jeunes qui y passent la majeure partie de leur temps. Qu’en pensez-vous ?

Père Théophile Akoha : Avant de devenir une préoccupation pour l’école, l’éducation morale et affective est l’apanage de la famille. Elle est une obligation naturelle, irremplaçable et inaliénable. Les parents sont les premiers éducateurs des enfants parce qu’ils en sont les géniteurs. Ils ont alors la responsabilité d’assurer l’humanité dans les enfants à travers une éducation appropriée. Si l’école rejoint la famille sur le même terrain, ce n’est pas pour se substituer à elle, mais pour continuer, avec son accord, ce qui a commencé à la maison. Le projet éducatif que l’école exécute ne doit pas être en déphasage avec les attentes et les désirs des parents pour leurs enfants. Or, dans le cas qui nous occupe ici, les parents ne sont pas consultés. Ils ne savent pas le contenu de l’enseignement qu’on veut donner à leurs enfants. Ils ne savent pas si ce contenu construira ou détruira leurs enfants.

 

Quelle est la position de l’Église sur l’éducation sexuelle ?

Père Théophile Akoha : À la place de l’éducation sexuelle, l’Église propose l’éducation affective. La raison en est que cette éducation ne se fait pas d’abord en vue de l’utilisation du sexe. Elle est avant tout une insertion dans la vérité de l’amour pour que l’enfant puisse construire humainement son affectivité et entretenir des relations vitales avec les autres au cœur de la société. C’est vrai qu’à l’intérieur de la symphonie affective, il peut y avoir place pour la génitalité. Mais il faut justement déterminer l’âge auquel l’on doit en parler aux enfants, tout en indiquant le cadre dans lequel elle doit intervenir pour être avantageuse pour la personne. C’est un débat qu’il faut savoir aborder. À ce propos, l’Église invite à la prudence et à la perspicacité.
Pour ce qui concerne enfin le contenu éducatif, elle promeut la connaissance et l’acceptation de soi, la valorisation et la richesse de la différence sexuelle, les bonnes relations entre garçons et filles, le respect de la personne, la maîtrise de soi, le sens des sacrifices, les valeurs humaines et familiales propres à l’anthropologie adéquate et à nos saines traditions africaines.
Ce sont là des thématiques dont la famille doit s’occuper déjà à la base dans le petit espace que constitue la maison. L’Église y exhorte les familles chrétiennes tout en ouvrant « des écoles de parents » pour potentialiser ses derniers en la matière pour qu’ils puissent avoir la méthode et les paroles appropriées. L’Église met également l’accent sur la catéchèse de l’amour dans les paroisses. Elle est donnée à l’intention des jeunes en général et des futurs mariés en particulier. Dans le même temps, les commissions pour l’enfance et la jeunesse savent comment rejoindre les jeunes sur les réseaux sociaux.

 

Source: https://africa.la-croix.com/




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *