Catéchuménat

Miryam: valoir aussi par l’engagement

PERSONNAGES BIBLIQUES. Le père Pamphile Legba, prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice, bibliste, est professeur d’Écritures Saintes au Grand séminaire Saint Gall de Ouidah (Sud-Bénin). Il présente, ici, l’histoire de Miryam dans la Bible.

La tradition biblique honore de façon particulière Miryam qui se trouve citée aux côtés de Moïse et d’Aaron parmi les guides éminents d’Israël : « Est-ce parce que je t’ai fait monter du pays d’Égypte (…) et que je t’ai donné comme guides Moïse, Aaron et Miryam ? » (Mi 6,4). De toute évidence, Miryam fut une femme influente dans l’histoire d’Israël pour mériter de se trouver dans cette liste particulièrement réduite de guides. Mais qu’est-ce qui, dans la Bible, distingue cette grande figure féminine ?

Miryam ou l’impossible noblesse de sang

Miryam n’est ni épouse ni mère. Elle est souvent présentée comme la sœur de Moïse et d’Aaron (1Ch 5,29 et Nb 26,59 ; cf. Nb 12,1-2). Mais ce lien de sang est nuancé par d’autres textes. D’abord, Ex 2,7 ne donne pas le nom Miryam à la fameuse sœur du petit Moïse. En Ex 15,20 ensuite, elle n’est que la sœur d’Aaron et pas celle de Moïse. Enfin, elle n’est pas évoquée dans la liste des fils de Yokebed, la mère de Moïse en Ex 6,20. Un lien de sang aussi péniblement établi ne peut visiblement pas être l’élément déterminant dans la valorisation de cette grande figure. La Bible ne semble pas vouloir fonder la notoriété de Miryam par les instances classiques de la légitimation des figures féminines que sont le lien de sang, le mariage et la maternité. On voit plutôt, se détacher une figure féminine originale qui s’illustre plutôt par son engagement et ses convictions.

Miryam, la meneuse

Miryam apparaît pour la première fois après la traversée de la Mer rouge : « La prophétesse Miryam, sœur d’Aaron, saisit un tambourin, et toutes les femmes la suivirent, dansant et jouant du tambourin. Et Miryam leur entonna : ’Chantez pour le Seigneur’ ! Éclatante est sa gloire : il a jeté dans la mer cheval et cavalier ! » (Ex 15,20-21). Dans cette scène, Miryam est présentée comme la prophétesse et le leader du chant. Son activité de prophétesse est très peu étayée. On la voit cependant entonner un cantique d’action de grâce et entraîner dans son mouvement tout le peuple. Par ce leadership avéré mis au service de la louange, Miryam indique Dieu comme l’auteur de la libération et recommande l’attitude juste de l’homme gratifié de bienfaits.

Miryam, la prophétesse subversive

Miryam apparaît aussi en Nb 12 dans une scène où, avec Aaron, elle s’oppose à Moïse : « Parce que Moïse avait épousé une femme éthiopienne, sa sœur Miryam et son frère Aaron se mirent à le critiquer. Ils disaient : ’Le Seigneur parle-t-il uniquement par Moïse ? Ne parle-t-il pas aussi par nous ?’ ». Au-delà des problèmes liés au motif de la contestation et au rôle d’Aaron, le texte permet de mieux cerner la personnalité de Miryam. L’invitation magnanime à la louange montrait déjà Miryam comme une femme forte, capable d’entraîner les foules. La punition de la lèpre qui ne frappe qu’elle, suggère de se demander si elle n’était pas l’instigatrice de la crise. Tout compte fait, la crise aura permis deux clarifications majeures : le statut du prophète par rapport à Moïse et le critère d’appartenance au peuple d’Israël.
La protestation contre le leadership de Moïse évoque la problématique du statut de la prophétesse par rapport à Moïse. Le châtiment infligé à Miryam (v.10) indique clairement que Dieu tranche en faveur de Moïse. La Torah est donc supérieure à la prophétie, ou plus exactement, Moïse est le plus grand prophète (Dt 34).

Soulignons enfin, que la lèpre, un châtiment absolument rare de la part de Dieu, a eu pour effet, d’exclure Miryam de la communauté (v.15). Alors qu’il était initialement question d’exclure l’Éthiopienne, étrangère (v.1), c’est finalement Miryam qui se retrouve exclue parce qu’elle s’oppose à Moïse. Au fond, on assiste là, de façon assez subtile, à la clarification des critères d’appartenance au peuple de Dieu. Le critère socioethnique évoqué par Miryam et Aaron est supplanté par le critère d’adhésion à Moïse, donc à la Torah.

Le portrait biblique de Miryam n’émarge pas au poncif de la figure féminine classique, vivant dans l’ombre des hommes, magnifiée par la famille, le mariage et la maternité. Miryam se distingue par le dynamisme de son engagement et la vigueur de ses convictions. Sa figure n’encouragera pas que les religieuses qui investissent des sites d’où les excluaient les stéréotypes. Miryam indique surtout à toutes les femmes, de ne pas priver l’Église et l’Afrique du denier de leur génie.

Père Pamphile Legba

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