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Instaurer une rotation des mandats dans les communautés nouvelles en Afrique

Dans un texte publié le 11 juin, le Saint-Siège restreint la durée des mandats des dirigeants des associations internationales de fidèles. Le but est de limiter les abus au sein de ces structures ecclésiales.

Ce texte dont les délimitations sont bien précisées ne concerne cependant pas la kyrielle de communautés nouvelles qui se réclament de l’Église catholique dans les pays africains et dont les dérives inquiètent.

Un texte décisif pour le fonctionnement des associations internationales de fidèles a été publié par le Saint-Siège le 11 juin. Ce décret dont la finalité est d’éviter les abus d’autorité entrera en vigueur dans trois mois. Il réglemente notamment la durée des mandats des modérateurs de communautés laïques – qui ne pourra pas excéder 5 ans – mais également le nombre de mandats, désormais réduit à deux. Cependant, ne sont a priori concernées que les « associations internationales de fidèles reconnues ou érigées par le Siège apostolique et soumises à la vigilance directe du dicastère pour les laïcs, la famille et la vie ». Autrement dit, la plupart des très nombreux groupes de prière et communautés nouvelles engagés dans l’évangélisation en Afrique ne sont pas liés par cette nouvelle réglementation. Seules celles à vocation internationale placées sous la direction de ce dicastère sont concernées. Par exemple, le Chemin Néocatéchuménal, la communauté de Sant’Egidio ou celle de l’Emmanuel.

« Dommage ! » serait-on presque tenté de dire car, élargie à ces communautés devenues centrales pour le catholicisme d’Afrique, une telle mesure serait sans doute plus efficace pour lutter contre les abus de plus en plus décriés dans les associations de laïcs que les sanctions dites « médicinales » des évêques. Celles-ci interviennent, en effet, presque toujours trop tard…

Communautés nouvelles et groupes de prière catholiques

Depuis maintenant une trentaine d’années, dans la sous-région ouest africaine, les groupes de prière et communautés charismatiques se multiplient. Ils y représentent une réponse catholique à la multiplication des Églises dites de réveil très offensives dans leur « recrutement ». Elles sont, de ce fait, considérées par de nombreux catholiques comme une « chance pour l’Église ».

En Côte d’Ivoire, théoriquement, chaque communauté ou groupe doit être affiliée à une paroisse et jouir d’une reconnaissance diocésaine. De plus, les 200 communautés nouvelles que compte le pays ont leur association et sont placées sous la responsabilité d’une Commission épiscopale. Mais dans les faits, elles fonctionnent comme de mini-églises autonomes avec, assez souvent, un fondateur-modérateur tout-puissant.

Depuis quelques années des voix s’élèvent pour dénoncer les abus inhérents à ce mode de gouvernement très dépendant d’un responsable de l’apostolat ou de la communauté qui préside à ses destinées jusqu’à sa mort ou à la dissolution du groupe. Une telle concentration de pouvoirs ne peut qu’engendrer des abus de toutes sortes. Comme ceux dénoncés dans une enquête publiée par La Croix Africa le 25 février.

Sanctions tardives

Dans d’autres cas, la sanction ecclésiale qui intervient souvent trop tard, provoque le départ de l’Église du dirigeant du groupe de prière qui refuse de se soumettre à l’autorité cléricale. Ce fut le cas du berger catholique Achija Pacôme Marie en 2019. Suspendu par le diocèse d’Abidjan, il a été exclu de sa communauté trois mois plus tard après avoir enfreint les règles de cette suspension. Il a préféré ensuite quitter l’Église catholique pour intégrer une Église schismatique où il est maintenant prêtre-exorciste. Même chose du côté du Béninois Maxime Eliel qui a préféré quitter l’Église catholique après un rappel à l’ordre du diocèse de Cotonou à la suite de certaines de ses dérives. L’imposition d’une forme de démocratie dès la fondation d’une communauté catholique pourrait sans doute éviter ce type de problème. Comme le souligne, à juste titre, la note explicative publiée en même temps que le décret du Saint-Siège : « le renouvellement générationnel des organes de gouvernement, à travers la rotation des responsabilités directives, apporte de grands bénéfices à la vitalité de l’association ».

Lucie Sarr
Source
africa.la-croix.com

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