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Au Burkina Faso, l’Église accueille des exclus, accusés de sorcellerie

Au Burkina Faso, les personnes du troisième âge bannies de leurs milieux de vie pour des accusations de sorcellerie sont aidées par l’Église catholique. Une préoccupation pour les congrégations religieuses engagées dans la pastorale et l’accueil de ces personnes victimes de l’exclusion, qui appellent à mettre un terme à ce phénomène.

« Depuis que je suis venue ici, j’ai une nouvelle famille, je suis baptisée et j’ai pardonné ceux qui m’ont exclu de ma famille », témoigne Véronique, 68 ans. Elle fait partie des 14 femmes recueillies par la paroisse saint Jean-Marie Vianney de Yako, dans le nord du Burkina Faso, après avoir été accusées de sorcellerie et chassées de chez elles. Elles logent dans les anciennes maisons des enseignants de l’école catholique, des bâtiments assez délabrés.

Véronique

Véronique vient de loin. Originaire de Pilimpougou, un village situé dans les confins de la province de Passoré (nord), c’est dans la douleur, dépouillée de tout qu’elle a regagné la maison des Sœurs de l’Immaculée conception de Yako. « C’était une nuit, j’avais parcouru à pied des kilomètres pour me retrouver ici. Je ne connaissais pas la paroisse, j’ai pris des renseignements et je suis venue », se remémore-t-elle.

Véronique est mère et grand-mère. Mais cela fait six ans qu’elle n’a plus revu sa famille. « On m’a accusé de sorcellerie et j’ai été chassée de chez mon mari », raconte-t-elle. « Ces femmes ont une histoire presque commune », explique le père Vincent de Paul Ouédraogo, curé de la paroisse saint Jean-Marie Vianney, « elles sont en majorité veuves, pauvres, leurs enfants sont souvent absents, illettrées et n’ont aucune protection ».

Une grande préoccupation pour les prêtres et les religieuses de la Congrégation de l’Immaculée Conception, en charge de la gestion de centre. « Il n’y a pas de moyens de déplacement. Nos pensionnaires manquent également de logements et de moyens financiers pour la prise en charge sanitaire », fait remarquer sœur Jacqueline Guiedem, responsable de ce centre de fortune. « C’est difficile, surtout vu leurs âges, elles sont épuisées par l’âge et ont besoin de plus d’attention », s’attriste le père Ouédraogo.

Paroisse des saints martyrs de l’Ouganda

À la paroisse des saints martyrs de l’Ouganda à Bokin, une autre commune de Passoré, l’Église accueille 15 autres personnes du troisième âge, à la Maison sainte. « Ces femmes sont bannies de leurs familles aussi pour des allégations de sorcellerie », explique sœur Germaine Ouédraogo, responsable du foyer. « La question de la sorcellerie est une préoccupation dans la localité à laquelle l’Église fait face », reconnaît le père Roland Kiswensida Sawadogo, vicaire de la paroisse. « Toute personne a droit à une famille, à une bonne réputation. Quand on en vient à priver un être humain de sa famille, c’est comme une tuerie sociale ». Quand ces personnes arrivent à la paroisse, l’Église les accueille « pour leur offrir un cadre de vie familiale et l’espoir d’une vie meilleure ».

Centre Delwendé

Au centre Delwendé de Ouagadougou, 190 personnes (185 femmes et 5 hommes) sont accueillies par l’Église catholique grâce aux congrégations des sœurs de l’Immaculée conception et des Missionnaires d’Afrique – sœurs blanches.

Ces personnes qui ont dû quitter leur milieu de vie du fait d’accusations de sorcellerie, sont formées au jardinage, à l’élevage, au tissage et à plusieurs autres activités. Elles bénéficient également d’un accompagnement spirituel. Pour ceux d’entre eux qui le désirent, la catéchèse est proposée en vue du baptême. Mais la situation demeure difficile. « Elles veulent rentrer chez elles, et nous essayons d’entrer en contact avec leurs familles pour renouer les liens », explique sœur Germaine Sawadogo, accompagnatrice.

L’Église du Burkina Faso, à travers la commission Justice et Paix plaide auprès des familles pour le retour des personnes exclues. « Certaines personnes parmi elles sont décédées sans voir leurs familles et c’est à l’Église de les accompagner dans leur dernière demeure », s’attriste sœur Germaine. « L’exclusion sociale crée beaucoup de problèmes », soupire, quant à lui, Mgr Théophile Naré, évêque du diocèse de Kaya (nord).

Kamboissoa Samboé (Ouagadougou)
Source
africa.la-croix.com

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