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À Abidjan, dans l’univers des prédicateurs de rue

Aux carrefours, dans les gares de bus, les marchés, des jeunes annoncent l’Évangile dans la capitale économique de Côte d’Ivoire. Même si la pratique de l’évangélisation de rue est très répandue dans le milieu des églises de Réveil, depuis quelques années, des communautés nouvelles catholiques sortent des paroisses pour occuper les rues.

« En évangélisant dans les rues et les places, nous voulons faire vivre à nos frères la même réalité qui se passait au temps du Seigneur Jésus-Christ »,assure le missionnaire Gédéon de la Tchetchouvah (Ferdinand Monsekela Guéi, à l’état civil, NDLR), pasteur du Ministère Zobel Agodio, la voix de la révolution chrétienne, une Église de Réveil. Avec sa Bible, ce prédicateur accompagné de ses disciples, parcourt rues, aires de jeux, places publiques et carrefours d’Abidjan et des localités de l’intérieur du pays pour « annoncer l’Évangile selon la véritable doctrine du Christ ».

L’évangélisation de rue s’est répandue au début des années 2000. Ils sont alors des centaines, membres d’Églises évangéliques à sillonner les rues du pays. À cette époque, le réveil évangélique est en plein essor en Côte d’Ivoire. L’on compte de nombreuses Églises indépendantes qui attirent des dizaines de fidèles, les dimanches, dans un domicile, généralement celui du pasteur.

À la recherche de fidèles susceptibles de les rejoindre, ils vont, en semaine, à la rencontre des populations dans des cadres non institutionnels. Leurs appels à la « conversion » virent très souvent à des attaques en règle contre « les choses de ce monde, la manière de vivre des gens » qui s’éloigne « de la voie de Dieu ».

« Va chercher du travail ! »

Mardi 30 mars, au carrefour du collège Sebaco, dans la commune populaire de Yopougon, à Abidjan, il fait un soleil de plomb. Mais le pasteur Jean Le Lévite Amichia, pantalon jean et paire de tennis, les manches retroussées, tient un micro tandis qu’un haut-parleur diffuse une sélection de chants de louange chrétiens.

Le pasteur Amichia les chante avec joie. Derrière lui, son épouse, la servante Catherine Kouassi prépare les versets pour illustrer la prédication du jour qui a pour thème « Annonçons l’Évangile ». Quand il commence sa prédication, le pasteur attire la curiosité des passants parmi lesquels certains qu’il reconnaît (il habite à environ 600 mètres de cet endroit) lui font des signes du pouce pour l’encourager.

D’autres visiblement agacés par sa présence le fusillent du regard. « Va chercher du travail ! » lui lance un passant. « Tous les prédicateurs de rue ont déjà entendu cette phrase », confie le prédicateur qui a commencé l’évangélisation de rue en septembre 2020, à son retour du Maroc où il était conducteur de taxi et guide touristique. « Parfois ce sont des chrétiens eux-mêmes qui m’invectivent sur le contenu de mon message où veulent m’imposer ce que je dois enseigner. Mais je suis là par le commandement du Christ qui m’envoie annoncer sa Parole. »

Batailles d’interprétation de la Bible

La bataille autour de « la doctrine du Christ » contenue dans la Bible, le missionnaire Gédéon de la Tchetchouvah en fait sa spécialité. Il s’est lancé dans l’évangélisation de rue en 2002 avec pour objectif de « ramener les hommes à la véritable doctrine du Christ ».

Coiffure semi-afro, costume noir, il garde la barbe comme la majorité de la vingtaine de disciples et les agents de sécurité présents le 8 avril au terrain Prosaro dans la commune populaire de Koumassi, dans l’est d’Abidjan.

Gédéon y est, cette fois, pour s’expliquer et discuter avec un collège de 19 pasteurs, au sujet d’une de ses déclarations fortes que ces derniers contestent : « la femme ne doit pas prêcher dans l’Église » conformément à la recommandation de l’apôtre Paul dans sa lettre aux Corinthiens. Une foule composée essentiellement de jeunes venus assister à cette confrontation l’écoute avec attention. Mais elle n’aura pas lieu, les pasteurs qui avaient sollicité cette rencontre sur la page Facebook de Gédéon ne sont pas venus.

« Ce qui est regrettable »

Gédéon aime les controverses et il les suscite par ses discours. Ceux-ci portent notamment sur la polygamie, les rapports sexuels avant l’acte de mariage – qu’il encourage en s’appuyant sur la Bible, au grand dam d’autres pasteurs évangéliques, plus puristes.

Il critique également les pratiques des autres communautés chrétiennes : mode d’administration des sacrements, vêtements et ornements liturgiques, statues etc. Le missionnaire Gédéon, le plus célèbre prédicateur de rue en Côte d’Ivoire, compte plus de 222 000 abonnés sur sa page Facebook. Son ministère dit être « le baromètre du christianisme dans le monde ». « Nous vous attendons sur le terrain de la Bible », lance-t-il à tous ses détracteurs, les invitants à le rejoindre pour échanger publiquement « argument contre argument ».

En opposant publiquement leurs doctrines et leur compréhension de la Bible, les prédicateurs provoquent la division entre fidèles des différents camps sur les réseaux où ils sont largement suivis. Ceux-ci en viennent souvent aux insultes. « C’est ce qui est regrettable, soupire la servante Catherine Kouassi. Il y a pourtant mieux à faire selon moi, car le but de l’évangélisation c’est de gagner le monde entier à Jésus, appeler les gens à se convertir et à se donner véritablement à Dieu. »

« Nous ne pouvons plus rester dans les paroisses »

Augustin Marie Loukou, le responsable de la communauté catholique du vin nouveau, dans le diocèse de Yopougon partage cet avis. Depuis bientôt trois ans, ce responsable de communauté nouvelle fait partie des rares catholiques à faire de l’évangélisation dans les rues de la capitale économique. « Avec ce qui se passe en ce moment dans le monde, nous avons compris qu’il n’est plus question de rester dans nos paroisses pour annoncer l’Évangile à des personnes qui ont donné leur vie à Jésus, estime-t-il. Nous devons sortir pour aller vers ceux qui ne connaissent pas le Seigneur, leur dire que Jésus est Seigneur qu’il leur offre la possibilité de se libérer des chaînes. »

Le dimanche 11 avril, avec quelques membres de son apostolat, ils ont lancé leur première évangélisation de rue devant un supermarché, non loin de leur paroisse. Ils entendent en outre présenter leur église « colonne et support de la vérité ».

Comme eux, Epherlin de Lucrece et l’Apostolat des vaillants hommes de David évangélisent dans les rues d’Abidjan, à travers des animations dans les gares de bus. « Généralement nous choisissons des endroits où il a du monde et où on est sûr que les gens passeront plus de temps, explique-t-il. On chante, on danse pour attirer l’attention et quand ils sont concentrés, on leur sert l’Évangile. Il y a du boulot, un grand travail à faire pour gagner des âmes à Jésus-Christ ».

Guy Aimé Eblotié (à Abidjan)
Source
africa.la-croix.com

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